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Compétence en matière de recherche et transition énergétique

Les questions liées à la production énergétique et la transition énergétique étaient les priorités de la SCNAT en 2025. La Commission de l’énergie a réalisé des études sur des thématiques politiquement controversées en lien avec l’énergie, tandis que le td-net ou Réseau pour la recherche transdisciplinaire soutient la mise en œuvre de la stratégie énergétique 2050.

« Nous nous considérons comme une plateforme indépendante consacrée au dialogue entre science et société », affirme Urs Neu, chef de la Commission de l’énergie.
« Nous nous considérons comme une plateforme indépendante consacrée au dialogue entre science et société », affirme Urs Neu, chef de la Commission de l’énergie.
« Nous nous considérons comme une plateforme indépendante consacrée au dialogue entre science et société », affirme Urs Neu, chef de la Commission de l’énergie.Image : Andres Jordi
Image : Andres Jordi

Vous trouverez cet article et d'autres articles dans le rapport annuel 2025 de la SCNAT.

L’année dernière, la Commission de l’énergie des Académies a publié deux rapports sur les questions énergétiques qui ont suscité un vif intérêt auprès du grand public. Dans le rapport « Perspectives de l’énergie nucléaire en Suisse » sur la construction éventuelle de nouvelles centrales nucléaires, les chercheuses et chercheurs ont analysé les possibilités et les défis en faveur de nouvelles centrales nucléaires qui font actuellement l’objet de discussions. Le rapport souligne que la construction de nouvelles centrales nucléaires dépend de nombreux facteurs. Même en cas de levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales, de nombreuses incertitudes politiques, technologiques, économiques et sociales demeurent. Par conséquent, il faut s’attendre à plusieurs votations populaires et à des oppositions. Du point de vue actuel, les majorités sont incertaines et peuvent rapidement évoluer à la suite d’événements comme Fukushima. En Suisse, une nouvelle centrale nucléaire serait réalisable au plus tôt en 2050 selon la Commission de l’énergie.

La construction d’une nouvelle centrale nucléaire nécessite d’importants investissements qui sont immobilisés sur une longue période. De plus, sur un marché de l’électricité fortement libéralisé et dominé à l’avenir par des énergies renouvelables, la rentabilité n’est de loin pas garantie, surtout l’été. Compte tenu des risques financiers élevés et des impondérables politiques, les chercheuses et chercheurs considèrent que la construction d’une nouvelle centrale est irréaliste sans aides publiques significatives. Le réseau électrique doit disposer de capacités de réserve équivalentes à la puissance de la plus grande installation pour absorber une panne imprévue d’une centrale nucléaire. Grâce à l’accord sur l’électricité avec l’UE, ce back-up est assuré par l’intégration dans le réseau électrique européen et ses capacités de réserve. Sans accord sur l’électricité avec l’UE, des centrales de réserve, avec les coûts correspondants, devraient être construites en Suisse. Cela est également valable pour les centrales existantes.

Nécessité de systèmes saisonniers de stockage d’énergie pour la transition énergétique

Le deuxième rapport « Stockage saisonnier de l’énergie : un aperçu » arrive à la conclusion que ces systèmes de stockage sont cruciaux pour la transition énergétique. Un très grand nombre de solutions techniques existe ou est en cours de développement, mais le manque de clarté des conditions-cadres politiques entrave les investissements dans les systèmes saisonniers de stockage.

La transition énergétique, notamment le développement du photovoltaïque et l’électrification de la production de chaleur, signifie qu’à l’avenir, la production d’énergie sera tendanciellement trop importante en été, alors que l’hiver est davantage sous la menace d’une pénurie. Le stockage saisonnier d’énergie permet de compenser ce phénomène. L’énergie peut être stockée de diverses façons pendant des mois : sous forme d’eau dans les lacs de retenue, de chaleur dans le sol et les réservoirs, de gaz dans les cavernes rocheuses ou de bois. Une stratégie de stockage optimisée de manière globale et apte à la mise en œuvre en situation réelle ainsi que les réglementations relatives aux réserves énergétiques devraient tenir compte de tous les types de stockage saisonnier et être suffisamment rémunérées, affirment les auteurs et autrices.

Les accumulateurs thermiques saisonniers sont techniquement très avancés, mais pas encore utilisés à grande échelle en Suisse. Cela est notamment dû aux incertitudes réglementaires et aux procédures complexes en matière d’aménagement du territoire. Pourtant, les accumulateurs de chaleur présentent un potentiel considérable : ils sont peu coûteux, efficaces, réduisent le besoin en électricité en hiver et servent à la climatisation en été.

Le stockage saisonnier profite de fortes différences de prix saisonnières. Les investissements comportent néanmoins des risques et l’incitation à construire de tels systèmes de stockage est limitée du fait de l’incertitude liée à l’évolution future des prix. Des conditions-cadres appropriées permettent de stimuler la construction de stockage d’énergie. Cela comprend notamment une feuille de route contraignante en matière de décarbonisation, une tarification adéquate des énergies fossiles, des sources d’énergie faciles à stocker et la négociation d’accords internationaux sur l’électricité, l’hydrogène ou le biométhane. Les accords sont particulièrement importants, étant donné que la production d’agents énergétiques chimiques aptes au stockage tels que l’hydrogène, le biométhane ou les e-carburants sera difficilement rentable à grande échelle en Suisse.

ENTRETIEN AVEC URS NEU

Des options d’action et pas de recommandations de vote

Urs Neu, vous êtes le chef de la Commission de l’énergie et avez été en charge des deux rapports mentionnés. Comment expliquer l’origine de ces études ?

La thématique de l’énergie nucléaire a été abordée par la Commission de l’énergie dans la mesure où elle a gagné en importance ces derniers temps. Nous avons non seulement pris en considération les aspects techniques, mais aussi économiques et sociaux. Par conséquent, des spécialistes en recherche nucléaire, économie, recherche sur la transition, sciences politiques et recherche sur les systèmes énergétiques ont collaboré à la rédaction du rapport. Par ailleurs, de nombreuses expertes et experts de la science et de la pratique ont examiné le projet et l’ont commenté. Le rapport sur le stockage saisonnier, lui, a été élaboré parallèlement à un mandat de l’Office fédéral de l’énergie. Celui-ci incluait l’identification de lacunes dans la recherche sur cette thématique.

Avec son rapport sur l’avenir de l’énergie nucléaire, les Académies évoluent sur un terrain politiquement sensible. Quelle a été l’importance de ce champ de tension pour l’élaboration de cette publication ?

Les Académies considèrent qu’elles sont une plateforme indépendante consacrée à la médiation de connaissances entre la science, la politique et la société. C’est précisément dans le cas d’une thématique très controversée telle que l’énergie nucléaire et les émotions qu’elles suscitent que nous essayons de rassembler les connaissances existantes et de les présenter le plus objectivement possible, sans porter de jugement. Les Académies ont pour objectif de discuter des options d’action et de leurs conséquences, mais ne donnent par exemple pas de recommandations de vote. Dans les thématiques politiquement controversées, le grand défi est de trouver des informations solides et d’identifier un biais éventuel des sources d’information et de les situer dans leur contexte. Cela signifie par exemple qu’il s’agit toujours de comparer entre elles plusieurs sources avec si possible un contexte politique différent. Cela concerne entre autres la sélection des données utilisées ou les hypothèses relatives à des évolutions futures. Cette méthode s’applique également à l’évaluation d’études scientifiques, ce qui engendre un travail nettement plus conséquent que pour des thématiques suscitant moins de controverses.

D’autres rapports dans le domaine énergétique sont-ils prévus ?

Après avoir publié une vue d’ensemble du système énergétique de la Suisse et sa décarbonisation en 2022, la Commission de l’énergie élabore dorénavant des rapports relatifs à des sous-domaines spécifiques du système. Après des études portant sur les matériaux critiques pour la transition énergétique, l’énergie nucléaire et le stockage saisonnier d’énergie, un rapport sur la sécurité de l’approvisionnement en électricité suivra en 2026. La sécurité de l’approvisionnement est également une question controversée dans la situation géopolitique actuelle. Il existe des points de vue très différents quant à la manière d’y parvenir.

Expertise transdisciplinaire pour la stratégie énergétique 2050

L’année dernière, l’énergie était aussi une priorité du Réseau pour la recherche transdisciplinaire (td-net). Dans le cadre d’un mandat de conseil, ce dernier soutient le programme d’encouragement SWEET de l’Office fédéral de l’énergie. « Swiss Energy Research for the Energy Transition » promeut les innovations qui contribuent à la réussite de la mise en œuvre de la stratégie énergétique 2050 de la Confédération et à l’atteinte des objectifs climatiques suisses. SWEET met l’accent sur la recherche orientée vers les solutions et sur la mise en œuvre de résultats dans la pratique. Il promeut des projets d’innovation et de recherche transdisciplinaires.

Promotion de consortiums transdisciplinaires

Il n’est toutefois pas si facile de promouvoir les approches de recherche transdisciplinaires. Des structures, processus et capacités appropriées sont nécessaires, aussi bien de la part de l’instrument de promotion que dans les consortiums soutenus. Le réseau td-net dispose de cette expertise et soutient SWEET entre autres pour la conception et l’appel d’offres pour des projets de recherche et par le biais d’ateliers et de coachings destinés aux consortiums ainsi que pour la synthèse des résultats de la recherche. À titre d'exemples, les recommandations d’action pour la politique, l’administration, l’économie, les associations et la société civile sont synthétisées, communiquées et diffusées. « La recherche transdisciplinaire est une approche prometteuse pour relever certains défis complexes auxquels la société est confrontée », affirme Stefan Müller, chef de projet chez td-net. « Raison pour laquelle SWEET considère que cette approche est fondamentale et l’a mise au cœur du programme. »

SWEET met l’accent sur la promotion de consortiums transdisciplinaires qui, sur une période de six à huit ans, se penchent sur des défis de recherche prédéfinis, découlant des objectifs du programme. Le thème principal du dernier appel d’offres de SWEET était la manière de traiter les émissions à effet de serre difficilement réductibles dans le but d’atteindre l’objectif de zéro émission nette de la Suisse. Le consortium soutenu dans ce cadre développe des voies pour le captage et l’utilisation du CO2 issu des processus de combustion. Dans le but de fournir des solutions politiques jusqu’en 2030 et de pouvoir les mettre en œuvre graduellement jusqu’en 2050, des projets relatifs au captage du CO2 de l’atmosphère ainsi qu’à l’économie circulaire et l’utilisation durable de la biomasse sont également menés.

Réponses concernant la sécurité de l’approvisionnement

La composition du consortium souligne l’orientation transdisciplinaire du projet : neuf hautes écoles et cinq partenaires du secteur privé collaborent avec des actrices et acteurs de l’économie, d’associations et de l’administration. Ensemble, ils analyseront les options et les bases de décision pour l’utilisation des technologies évaluées.

Le réseau td-net soutient SWEET, en particulier dans le cadre de son développement stratégique. Il a ainsi largement contribué à la conception et au développement de SWEETER. Dans son programme élargi, les chercheuses et chercheurs doivent trouver des réponses aux questions urgentes du futur énergétique suisse, en particulier ce qui concerne la sécurité de l’approvisionnement et la transition à zéro émission nette. Le parlement a accordé des moyens financiers de plus de 100 millions de francs dans ce but. « Avec les partenaires du programme, nous avons abordé et analysé les découvertes et expériences avec des spécialistes issus de la politique, l’administration, l’économie, la société civile et la science », déclare Stefan Müller. « Sur cette base, différentes options ont été élaborées afin d’améliorer la qualité de la recherche soutenue. »

Parmi les autres temps forts de la collaboration entre td-net et SWEET, on peut citer un atelier destiné à sept consortiums de recherche ainsi qu’une synthèse de l’ensemble du programme qui a été présentée et discutée lors de l’Energy Week 2025 à l’ETH Zurich. KASPAR MEULI

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Contacts

  • Dr. Urs Neu
    a+
    Commission élargie de l’énergie des Académies suisses des sciences (Commission élargie de l’énergie)
    Maison des Académies
    Laupenstrasse 7
    3008 Berne


  • Theres Paulsen
    a+
    Réseau pour la recherche transdisciplinaire (td-net)
    Maison des Académies
    Case postale
    3001 Berne


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