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Pourquoi les risques de dégâts dus à la grêle augmentent

Dans le cadre d’un projet de recherche, l’EPF Zurich, le Laboratoire Mobilière de l’Université de Berne et l’Office fédéral de météorologie et de climatologie ont effectué de nouvelles simulations de tempêtes de grêle dans un contexte de réchauffement climatique. Ces simulations montrent une forte augmentation des risques de dégâts causés par la grêle sur les cultures et les bâtiments, en Suisse et dans de nombreuses autres régions d’Europe.

Les tempêtes de grêle provoquent d’ores et déjà régulièrement d’importants dégâts sur les cultures, les véhicules et les bâtiments, mais comment évoluent leur fréquence et leur intensité ainsi que la taille des grêlons au sol avec le réchauffement climatique ? Et quel est l’impact de ces évolutions sur les dégâts ? Alors qu’il s’agit là d’interrogations fondamentales, les connaissances à ce sujet étaient jusqu’à présent très limitées. En effet, comme les tempêtes de grêle sont des phénomènes très localisés, il était difficile pour les scientifiques de simuler des modèles climatiques. Dans le cadre d’un projet de recherche, l’Université de Berne et l’EPF Zurich ont réalisé de nouvelles simulations climatiques s’intéressant aux tempêtes de grêle. Ces simulations montrent que les risques de dommages augmentent, parfois de façon importante. [4], [8]

En Europe, les tempêtes de grêle éclatent principalement le long des chaînes de montagnes. La plupart des journées de grêle estivales sont recensées dans la plaine du Pô, au nord des Alpes, et le long des Pyrénées et des Carpates. [2] En automne, les orages de grêle se décalent au-dessus de la mer Méditerranée et se forment principalement le long de la côte Adriatique.

Les tempêtes de grêle dans un contexte de réchauffement climatique

Dans le cadre de deux simulations climatiques avec une haute résolution (résolution horizontale de 2 km) couvrant l’Europe centrale, les équipes de recherche ont simulé directement l’évolution des grêlons. Ces deux simulations comparent une période de 11 ans avec le climat actuel (2011-2021) et une période où la température de l’atmosphère est supérieure de 3 °C par rapport au climat préindustriel. [7] Comment le nombre de jours au cours desquels les grêlons qui tombent ont un diamètre supérieur à 12,5 mm diffère-t-il entre les deux simulations ? Lorsque le climat se réchauffe, le nombre de jours de grêle en été augmente au nord-est des Alpes et diminue au sud-ouest de l’Europe. On constate une augmentation généralisée de la fréquence de la grêle en automne. Ces variations de la fréquence s’expliquent par l’évolution de l’hygrométrie de l’atmosphère au niveau du sol. Dans les régions où le nombre de jours de grêle augmente, on constate une augmentation de l’humidité au niveau du sol quand le climat se réchauffe. Néanmoins, dans le sud et l’ouest de l’Europe, l’humidité diminue, ce qui entraîne des étés plus secs, marqués par une diminution du nombre d’orages de grêle. Une autre simulation montre les jours de grêle où les grêlons sont de plus petite taille (< 12,5 mm) : ils diminuent dans toute l’Europe, aussi bien en été qu’en automne. En effet, les petits grêlons fondent plus souvent avant même de toucher le sol.

Les conséquences des orages de grêle dépendent également beaucoup de leur intensité. Afin d’étudier leur évolution, des orages de grêle spécifiques ont été identifiés dans les simulations climatiques. Tandis que les simulations montrent une diminution du nombre de jours de grêle dans le sud-ouest de l’Europe et une augmentation au-dessus des Alpes lorsque le climat se réchauffe, les caractéristiques et l’intensité des orages de grêle évoluent de manière analogue dans toute l’Europe : les orages de grêle couvrent une plus grande surface lorsque le climat se réchauffe, et la taille maximale des grêlons et le volume de précipitations augmentent. [1] En d’autres termes, même si le nombre de jours de grêle diminue, les conséquences des orages de grêle tendent à empirer lorsque le climat se réchauffe.

Résumé des résultats fournis par les simulations climatiques : a) Climatologie des jours de grêle à l’échelle annuelle (diamètre des grêlons >12,5 mm) sous le climat actuel, b) Evolution relative du nombre de jours de grêle annuel, c) Evolution absolue du diamètre des grêlons à l’échelle annuelle et d) Evolution absolue des dégâts causés par les grêlons sur les bâtiments à l’échelle annuelle, en cas de hausse globale des températures de +3 °C. [8]
Résumé des résultats fournis par les simulations climatiques : a) Climatologie des jours de grêle à l’échelle annuelle (diamètre des grêlons >12,5 mm) sous le climat actuel, b) Evolution relative du nombre de jours de grêle annuel, c) Evolution absolue du diamètre des grêlons à l’échelle annuelle et d) Evolution absolue des dégâts causés par les grêlons sur les bâtiments à l’échelle annuelle, en cas de hausse globale des températures de +3 °C. [8]Image : Wilhelm and Aregger et al. 2026
Résumé des résultats fournis par les simulations climatiques : a) Climatologie des jours de grêle à l’échelle annuelle (diamètre des grêlons >12,5 mm) sous le climat actuel, b) Evolution relative du nombre de jours de grêle annuel, c) Evolution absolue du diamètre des grêlons à l’échelle annuelle et d) Evolution absolue des dégâts causés par les grêlons sur les bâtiments à l’échelle annuelle, en cas de hausse globale des températures de +3 °C. [8]
Résumé des résultats fournis par les simulations climatiques : a) Climatologie des jours de grêle à l’échelle annuelle (diamètre des grêlons >12,5 mm) sous le climat actuel, b) Evolution relative du nombre de jours de grêle annuel, c) Evolution absolue du diamètre des grêlons à l’échelle annuelle et d) Evolution absolue des dégâts causés par les grêlons sur les bâtiments à l’échelle annuelle, en cas de hausse globale des températures de +3 °C. [8]Image : Wilhelm and Aregger et al. 2026

Conséquences pour l’agriculture

Le changement climatique influe sur la fréquence et l’intensité des tempêtes de grêle, ce qui a des répercussions sur le risque de dégâts pour les cultures. La hausse des températures entraîne également un décalage de la période de végétation. Ces deux aspects doivent être pris en compte ensemble pour évaluer les dommages futurs. Au cours des dernières décennies, l’avancement des dates de moisson a réduit le risque de dégâts sur le blé d’hiver. Toutefois, comme le nombre de jours de grêle a nettement augmenté, le risque global de dégâts s’est accru.[5]

L’évolution devrait se poursuivre si le climat continue de se réchauffer : les semis et la récolte du maïs, de même que la moisson du blé d’hiver, auront lieu plus tôt que maintenant en Europe.[3] Le début de l’activité de grêle recule en Suisse et dans de nombreuses autres régions d’Europe, ce qui compense en partie l’effet lié à l’augmentation de la fréquence des chutes de grêle. Cependant, au nord-est des Alpes, le risque de dégâts sur l’agriculture augmente, en particulier pour le maïs.

Hausse des dégâts sur les bâtiments

Les simulations climatiques permettent en outre d’évaluer le futur risque de dégâts sur les bâtiments. Si les températures augmentent de 3 °C, le risque de dégâts sur les bâtiments en Europe augmente considérablement, de 25 à 42 % en moyenne, voire 80 % en Suisse.[6] Bien que la fréquence des épisodes de grêle n’augmente pas partout, les événements isolés plus violents entraînent une hausse des dégâts sur les bâtiments dans presque tous les pays d’Europe.

Les personnes souhaitant des détails approfondis retrouveront ces informations ainsi que d’autres sources dans Wilhelm et al. (2026) et dans le dernier rapport sur le climat en Suisse. [4]

(Les articles traduisent l’opinion de leurs auteur·ice·s et ne sont pas nécessairement conformes à la position de la SCNAT.)

[1] Brennan, K. P., Thurnherr, I., Sprenger, M., & Wernli, H. (2025). Insights from hailstorm track analysis in European climate change simulations. Natural Hazards and Earth System Sciences. https://doi.org/10.5194/nhess-25-3693-2025

[2] Cui, R., Thurnherr, I., Velasquez, P., Brennan, K. P., Leclair, M., Mazzoleni, A., et al. (2025). A European hail and lightning climatology from an 11-year kilometer-scale regional climate simulation. Journal of Geophysical Research: Atmospheres, 130, e2024JD042828. https://doi.org/10.1029/2024JD042828

[3] Cui, R., Portmann, R., Templ, B., & Calanca, P. (2026). Assessing the impact of hail on winter wheat and maize in Europe under climate change (in preparation).

[4] MeteoSwiss, & ETH Zurich. (2025). Climate CH2025 – Scientific report. Federal Office of Meteorology and Climatology MeteoSwiss. https://doi.org/10.18751/climate/scenarios/ch2025/sr/1.0/

[5] Portmann, R., Graf, L. V., Wilhelm, L., Fossati, D., Schmid, T., Villiger, L., & Calanca, P. (2025). Earlier harvest but more hail: Hail risk to winter wheat in Switzerland since 1972. Meteorologische Zeitschrift. https://doi.org/10.1127/metz/1263

[6] Schmid, T., Gebhart, V., & Bresch, D. N. (2026). Projected changes in European hail damage risk with 3°C global warming based on km-scale regional climate model simulations. Climate Services. https://doi.org/10.1016/j.cliser.2025.100630

[7] Thurnherr, I., Cui, R., Velasquez, P., Wernli, H., & Schär, C. (2025). The effect of 3°C global warming on hail over Europe. Geophysical Research Letters. https://doi.org/10.1029/2025GL114811

[8] Wilhelm, & Aregger, et al. (2026). (Accepted manuscript). https://doi.org/10.22541/au.176918334.41065598/v1

Iris Thurnherr
Iris ThurnherrImage : PolarData
Iris Thurnherr
Iris ThurnherrImage : PolarData
Olivia Romppainen-Martius
Olivia Romppainen-MartiusImage : ETH
Olivia Romppainen-Martius
Olivia Romppainen-MartiusImage : ETH
Valentin Gebhart
Valentin GebhartImage : ETH
Valentin Gebhart
Valentin GebhartImage : ETH

Iris Thurnherr est chargée de cours et maître-assistante au Département des sciences des systèmes environnementaux de l’EPF Zurich. Elle a étudié à l’Université de Zurich et à l’EPF Zurich.

Olivia Martius est professeure au Laboratoire Mobilière, l’Institut de géographie de l’Université de Berne. Elle a étudié à l’EPF Zurich.

Valentin Gebhart est chargé de cours au Département des sciences des systèmes environnementaux de l’EPF Zurich. Il a étudié les mathématiques et la physique à Fribourg et a obtenu un doctorat dans le domaine des technologies quantiques à Naples. Il effectue un post-doctorat à l’EPF depuis 2024.