Le financement international pour l’action climatique au sein de la convention climatique des Nations Unies
La convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques pose le cadre nécessaire à la coordination globale des contributions aux financements pour l’action climatique. Les conférences annuelles sur le climat sont également l’occasion de négocier les objectifs de financement. L’objectif actuel prévoit 300 milliards de dollars par an pour des projets climatiques dans les pays en développement. Toutefois, la manière dont ces fonds sont évalués et utilisés fait l’objet de vives controverses.
« Tripler le financement pour l’action climatique pour les pays en développement, 300 milliards par an jusqu’en 2035 » : tel était l’objectif de financement pour les projets climatiques à la fin de la conférence sur le climat de 2024. Les protestations ne se firent pas attendre. Les pays en développement critiquèrent cette mesure, la jugeant tout à fait insuffisante et la qualifiant d’« illusion d’optique ».[1] En effet, il est difficile d’évaluer les sommes réellement consacrées à la lutte contre le changement climatique, car les principales données de référence ne sont pas harmonisées. L’évaluation et l’utilisation des financements internationaux pour l’action climatique sont des sujets controversés lors des conférences annuelles sur le climat. Mais alors, quel est le rôle de la Suisse ?
La convention-cadre des Nations Unies sur le climat
La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) constitue le fondement des négociations mondiales sur le changement climatique. En 1992, tous les pays conviennent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de les stabiliser à un niveau suffisant pour éviter les conséquences particulièrement néfastes du changement climatique. Toutefois, les pays industrialisés qui, historiquement, ont le plus contribué au changement climatique et disposent des ressources financières les plus importantes doivent contribuer davantage à la protection mondiale du climat que les pays en développement et émergents. Les pays industrialisés s’engagent notamment à aider financièrement les pays en développement dans la lutte contre le changement climatique.
Qu’entend-on par financement international pour l’action climatique ?
Ces principes sont ensuite approfondis au cours des conférences suivantes (Conférence des parties, COP). Actuellement, le financement pour l’action climatique repose sur l’Accord de Paris de 2015, qui fait du financement pour l’action climatique un objectif climatique à part entière (art. 2.1.c) et pose un cadre pour le commerce international des émissions volontaires (art. 6 de l’Accord de Paris, plus d’informations dans le 6e article de ce numéro). La référence à l’objectif des 300 milliards se trouve quant à elle dans l’art. 9 [2] : Le financement international pour l’action climatique repose essentiellement sur des transferts bilatéraux et multilatéraux effectués par les pays industrialisés riches en faveur des pays en développement. Ces transferts sont complétés par des fonds provenant du secteur privé ou d’autres Etats, par exemple des pays émergents disposant de moyens financiers importants.[3]
Cependant, la manière dont les pays donateurs évaluent leur contribution à l’objectif mondial de financement varie considérablement : les pays concernés sont par exemple très divisés sur la question de savoir si les prêts remboursables comptent autant pour l’atteinte de l’objectif de 300 milliards que les subventions (qui ne sont pas remboursables).[4],[5] Le fait que de nombreux projets de développement puissent aussi contribuer à la lutte contre le changement climatique entraîne des différences lors de l’évaluation des contributions des pays de l’OCDE.[6],[7] Les chercheuses et les chercheurs tirent la sonnette d’alarme : les objectifs climatiques pâtissent fortement du « méli-mélo d’approches institutionnelles incompatibles en matière de définition et de calcul du financement pour l’action climatique ». Ils réclament des définitions claires afin qu’à l’avenir, les délégations participant aux COP ainsi que les chercheuses et chercheurs puissent utiliser une méthode de mesure uniforme et évaluer de manière fondée les contributions à ce nouvel objectif de 300 milliards.[5],[8]
Comment les fonds internationaux sont-ils répartis ?
La majeure partie du financement international pour l’action climatique transite soit directement entre pays partenaires, soit par l’intermédiaire de banques de développement telles que la Banque mondiale.[9] Par ailleurs, les fonds climatiques des Nations Unies jouent un rôle de premier plan : les pays riches y versent leurs contributions, honorant ainsi une partie de leurs engagements financiers. Toutes les parties à la Convention-cadre sur les changements climatiques définissent ensemble les lignes directrices régissant l’utilisation des ressources par ces fonds. Le Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund) devrait ainsi disposer par exemple de 10 milliards de dollars américains pour la période de paiement de 2024 à 2027, la contribution de la Suisse s’élevant à 150 millions de dollars américains (135 millions de francs suisses[10]). Comme toutes les parties sont concernées par cet objectif, les différents conflits afférents au financement international pour l’action climatique sont particulièrement visibles.
Les fonds climatiques des Nations Unies, une solution à un trop grand nombre de problèmes ?
Les fonds climatiques de l’ONU ont pour mission, d’une part, de soutenir des projets à la fois bénéfiques pour la société, mais peu attrayants d’un point de vue commercial, tels les projets d’adaptation au changement climatique. D’autre part, ils doivent soutenir des projets qui ont un effet catalyseur en mobilisant également des capitaux privés. Ces projets doivent toujours contribuer au développement durable et bénéficier plus particulièrement aux pays les plus démunis.[11] Cette diversité d’objectifs reflète différentes perspectives sur le financement international pour l’action climatique : alors que certains souhaitent avant tout réduire les émissions là où cela revient le moins cher (z.B. Glennerster & Jayachandran, 2023), d’autres considèrent ces transferts comme des compensations versées par les pays historiquement responsables aux Etats les plus touchés (cf. Njeru, 2025).
Les critiques arguent qu’avec autant d’exigences, les conflits d’objectifs sont inévitables et que les fonds ne suffiront pas à répondre à toutes les demandes. Pour réduire efficacement les émissions, il faudrait par exemple investir principalement dans les pays ayant atteint un certain niveau d’industrialisation ; mais si les projets climatiques doivent aussi être des projets d’aide au développement, il faudrait se concentrer sur les pays aux revenus les plus faibles.[14] Les chercheuses et chercheurs ont donc proposé de mieux hiérarchiser l’utilisation des ressources limitées.[15]
Le financement pour l’action climatique aujourd’hui et le rôle de la Suisse
En 2026, le financement climatique international se trouve sous pression. Les Etats-Unis ont quitté l’Accord de Paris, tandis que des pays européens, à l’instar de la Suisse, réduisent leurs budgets d’aide au développement, y compris pour les projets climatiques.[16] Partant de ce constat, quel rôle joue encore le financement international de l’action climatique dans le cadre de la convention climatique ?
La convention-cadre pour le climat reste le principal cadre pour la coordination internationale de la lutte contre le changement climatique. La Suisse peut y influencer le débat mondial dans le cadre des négociations et des instances concernées. Premièrement, elle peut par exemple contribuer à l’amélioration des méthodes et plaider en faveur de méthodes de calcul fiables pour renforcer les bases des négociations. Deuxièmement, grâce à ses contributions au système international, elle peut soutenir des projets climatiques là où ils sont les plus nécessaires et les plus efficaces. Troisièmement, le soutien apporté aux fonds climatiques des Nations Unies renforce également les institutions du système multilatéral, ce qui est dans l’intérêt de la petite économie qu’est la Suisse. Quatrièmement, au sein des instances dirigeantes de ces fonds, des experts suisses peuvent veiller à ce que les fonds soient utilisés de manière efficace et empêcher la fragmentation du financement pour l’action climatique. Ainsi, le financement pour l’action climatique dans le cadre de la Convention sur les changements climatiques permet à la Suisse de contribuer à l’élaboration de solutions globales pour un problème global.
(Les articles traduisent l’opinion de leurs auteur·ice·s et ne sont pas nécessairement conformes à la position de la SCNAT.)



